La langue de bois + Transcript

Franck Lepage fights for Education. In this video he shows how politics use perfectly “La langue de bois” or how to talk without saying anything actually and confuse the audience. In this video, he choses 17 words, and uses them randomly to create a complete political speech. Sounds so realistic. Amazing. We realize that Politicians are simply (good or bad) actors.

Advanced French speakers will enjoy it. Beginners can use this to see the relation between written and spoken French.

Transcript:

Alors, à ce stade, mesdames et messieurs, faut qu’j’vous explique 2-3 trucs, vous pouvez vous r’trouver dans un colloque…vite fait, règle de base numéro 1: Vous allez dans un colloque pour être d’accord! Pour montrer que vous êtes d’accord avec le pouvoir qui organise le colloque. Vous n’avez jamais aucune raison de manifester le moindre désaccord, c’est très mal vu.

Si vous voulez être en désaccord avec quelqu’un pour lui piquer l’contrat d’recherche avec la Mairie ou je sais pas quoi, dans c’cas-là, vous dîtes:

“Je suis tout à fait d’accord avec ce que vient d’dire l’intervenant précédent…Simplement comme il a manqué de temps, il n’a pas pu rev’nir sur cette notion qui, moi, me parait essentielle….” et donc là, le type est sabré!

Vous avez b’soin…vous avez plusieurs entrées en matière très rassurantes hein, le première c’est:

“Au fond…” alors j’vous l’ai fait, alors vous avez compris l’truc hein, par exemp’ vous imaginez un colloque sur ‘Violence et banlieues’. Alors si c’est un colloque du Ministère de la Culture, bah, vous dîtes:

“Au fond, mesdames messieurs, on peut s’demander si la question d’la violence dans les banlieues est un problème de délinquance. Est-ce que ca n’serait pas plus profondément une question de nature culturelle?”

Voyez?

Alors là, vous imaginez la même question traitée par l’Ministère d’l’Intérieur hein, ou d’la Justice, enfin…donc vous dîtes:

“Au fond, mesdames et messieurs, on pourrait se demander si la question d’la violence dans les banlieues est une question culturelle. Est-ce que ca n’serait pas plus profondément, plus simplement, un problème de délinquance?”

Vous voyez, donc ca marche très bien! Vous avez l’introduction très classique, c’est:

“Mesdames messieurs, j’voudrais rev’nir dans le temps qui m’est imparti…”

Alors vous l’avez pas vu passer, c’est “rev’nir'” le mot important. Ca veut dire qu’vous allez rien dire de nouveau, et c’est très très rassurant…Euh vous avez b’soin de..vous avez b’soin d’une dizaine de concepts opérationnels, c’est à dire de mots qui ne veulent strictement rien dire, mais qui donnent l’impression de dire que’que chose…Là j’vous ai préparé une communication à 17 mots. C’est pour les besoins du spectacle hein, c’est énorme! Vous  n’avez jamais jamais jamais besoin d’ca. Vous êtes pas là pour faire passer l’Maire pour un imbécile hein. Lui, utilise à tout casser, quoi,…5 mots, 6 mots, ‘fin voyez,  “vie associative”, “partenariats”, “développement local” enfin bon..Le préfet, s’il est là, il utilise 2 mots “république”, “sécurité”..’fin voyez…

Alors j’les bats d’vant vous, j’espère qu’vous m’faites confiance…je coupe…Et donc vous dîtes:

 “Mesdames messieurs, Monsieur l’Président, Monsieur l’représentant du Conseil Général, Monsieur l’Maire, je voudrais rev’nir dans le temps qui m’est imparti,  sur une notion qui, moi, me parait essentielle, et cette notion, c’est évidemment la question des “habitants“, que je voudrais mettre avec cet autre concept qui est celui des “acteurs“. Si nous voulons considérer les “habitants” comme des “acteurs“, c’est à dire réaliser avec eux un authentique “diagnostique partagé“, qui prennent véritablement en compte la dimension “interculturelle“, alors, à l’heure de la “décentralisation“, ce que nous appelons encore “citoyenneté“,  doit nécessairement s’inscrire dans une “proximité“, parce que la question “démocratique” est tout entière contenue aujourd’hui dans celle de la préservation du “lien social“. Et à l’heure de la “mondialisation“, c’est désormais l’espace du “local” qui est l’espace du “partenariat“, que nous devons tisser de “solidarité“. Faute de quoi,  faute de quoi lorsque nous demandons aux gens de faire des “projets“, et bien il n’y aurait à l’issu de ces “projets“, ils n’entraineraient si vous voulez aucune espèce de “développement“. Et c’est pourquoi,  nous devons inlassablement raisonner avec eux en terme de “contrat“. Et faire notre effort permanent pour mettre en place une vraie, une authentique, une sérieuse “participation” avec eux.

Mais je voudrais dire tout d’suite une deuxième chose.

Cette deuxième chose,  c’est que, comme l’a fait remarquer un intervenant précédent, si la question de la “démocratie“, avec l’impératif de “développement” qui est le notre aujourd’hui, doit prendre en compte la dimension “interculturelle” lorsque nous montrons des “projets”  avec les “habitants” dans une relation de “proximité“, c’est parce qu’à l’heure de la “mondialisation“, ce que nous appelons “citoyenneté“, et bien désormais, elle doit s’inscrire dans une  “décentralisation” qui intègre un authentique “diagnostique partagé” à l’échelon du “local“. Faute de quoi ce que nous appelons “lien social” et qui n’est rien d’autre en définitive que  la vieille question de la “participation“, ne se réaliserait sous la forme d’aucun “contrat“,  c’est à dire ne prendrait pas en compte la question des “acteurs” eux-mêmes. Et alors, si nous parlons “solidarité“, est ce que ce n’est pas, en définitive (ah c’est amusant) de “partenariat” que nous voulons parler?”

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